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RÉFORME
: LE DISCOURS, LA MÉTHODE, LES ACTES
Au pays de Descartes nous aurions besoin d’en revenir
à plus de méthode. Mais il faudrait reprendre le célèbre
discours *, « en amont de Dieu
» car, lorsque notre René national s’est avisé de
parler de son créateur, sa pensée s’est obscurcie.
Selon toute vraisemblance Dieu n’a que faire des méthodes de ses
créatures. S’il existe, il ne doit pas apprécier d’être
inclus dans le champ de la science. Il semble que Descartes ait voulu se tenir
à l’abri des fatwas de ses contemporains théocrates. N’avaient-ils
pas emprisonné Galilée pour leur avoir donné le tournis
en un temps où la terre ne tournait pas encore ?
La terre tourne, mais pas très rond, sous l’emprise ombrageuse
de théocrates nouveaux de diverses obédiences, soutenus par des
bigots de tous partis politiques.
Quel que soit leur sexe, ces « messieurs » ne s’embarrassent
pas du doute cartésien. Guère plus que jadis, ils n’admettent
que l’être suprême, ne fût-il que politique, soit galvaudé
dans le champ de la science et à ce titre soit révoqué
en doute en vertu du premier précepte de Descartes.
Toute considération divine mise à part au titre de la laïcité,
le doute méthodique est sans doute l’une des premières vertus
des réformateurs. Mais cela reste à vérifier.
Selon Descartes, le deuxième précepte conducteur de notre raison
est de « diviser chaque difficulté en autant de parcelles qu’il
se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. »
Il y a là matière à mettre en doute les inspirations de
ceux qui, estimant que la société et ses difficultés sont
globales, réfutent toute approche qui ne soit pas globale, érigent
les problèmes en problématiques trop vastes pour être appréhendées,
remettent les décisions à des temps plus opportuns, sont dominés
par leur propension à n’agir jamais.
L’idée n’est pas nouvelle de fractionner les difficultés.
Ceux qui en douteraient pourront se remémorer la très vieille
histoire de la queue du cheval de Sertorius racontée par Plutarque **.
Dix-sept siècles plus tard, Descartes s’empara d’un vieux
principe guerrier pour conduire ses pensées. La guerre, l’amour
et la pensée ont toujours été les exercices favoris des
hommes, mais difficiles et non dénués de réels dangers.
Le troisième principe de Descartes est de « commencer par les objets
les plus simples et en s’élevant comme par degrés jusqu’à
la connaissance des plus composés en supposant même de l’ordre
entre ceux qui ne se précèdent pas naturellement… »
Chacun gagne à savoir qu’on s’évite bien des déboires
en donnant leur juste place au tout et à ses parties et en n’inversant
pas l’enchaînement des causes et conséquences des phénomènes
physiques et des événements de la vie.
Le quatrième principe de la célèbre méthode est
« de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues
si générales » pour ne laisser rien ni personne au bord
du chemin.
Certes, depuis Sertorius et après Descartes le savoir humain et les méthodes
ont fait bien des progrès.
Les sciences dites dures comme les mathématiques et la physique ont permis
un formidable développement des moyens d’action de l’homme
sur la nature. À un point tel que l’homme se demande aujourd’hui
s’il n’en a pas fait un peu trop.
Les excès viennent sans doute de ce que les sciences dites molles, telles
que les sciences humaines et les sciences politiques, sont quelque peu restées
en enfance et n’ont de science que le nom.
Ce que l’ignorance et l’inconscience ont défait, seules la
science et la conscience peuvent le refaire.
On peut toujours tenter de s’apaiser et de se consoler en soupirant avec
Louise Labé (1524-1566) :« Ô cruautés, ô duretés
inhumaines » !
Mais l’humanité ne survivra qu’en « durcissant »
toutes les sciences.
La réforme de la société commence par la réforme
des esprits.
La seule méthode qui vaille est celle de l’action. Il faut s’en
faire un état d’âme.
Pierre Auguste
Le 27 août 2008
* Discours de la méthode
pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences
** Sertorius, général
romain, s’était taillé un empire chez les Ibères.
Après avoir essayé de dissuader une partie de ses troupes qui
voulaient attaquer de front l’ennemi, il les laissa aller au désastre.
Il réunit ensuite son armée, fit amener deux chevaux, l’un
fort avec une belle queue, l’autre petit et débile. Un guerrier,
grand et fort, s’avança et fit semblant d’arracher d’un
coup, la queue du petit cheval. Après cet insuccès sous les quolibets
de la troupe, vint un autre soldat, chétif, qui arracha un à un
les crins de la forte queue du fort cheval. Sertorius exposa ainsi ce principe
de conduite de la guerre par la division de l’ennemi.
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